Équipe linguistique

L’équipe de Linguistique est spécialisée en linguistique théorique et générale, sociolinguistique et créolistique.

 L’équipe avait 4 membres titulaires jusqu’en septembre 2017, date du départ à la retraite de la PR Gillette Staudacher (73e section), devenue professeur émérite. Les membres sont actuellement :

- Jean-Philippe Watbled, PR 7e section, responsable de l’équipe ;

- Mylène Lebon-Eyquem, MCF HDR 7e section ;

- Adriana Folgoat, ATER, 73e section.

 

L’équipe Linguistique travaille sur deux grands champs complémentaires :

- la linguistique théorique et la créolistique, avec l’accent mis sur le comparatisme et la construction des langues (responsable : Jean-Philippe Watbled) ;

- la sociolinguistique, comportant également une forte dimension créolistique, avec des recherches sur les contacts de langue et les pratiques linguistiques en terrain plurilingue, ainsi que des travaux sur les enfants et les langues (responsable : Mylène Lebon-Eyquem).

 

Les deux champs s’entrecroisent, car les paramètres sociaux ne sont pas ignorés en linguistique théorique, et la dimension cognitive, centrale dans le premier domaine, n’est pas non plus ignorée dans le second.

 

Champ linguistique théorique et créolistique

Les recherches sur l’axe linguistique théorique et créolistique sont essentiellement consacrées aux mécanismes cognitifs d’appropriation des langues, principalement en milieu francophone et créolophone, et aussi à la reconstruction historique du créole réunionnais, assortie d’une comparaison avec les autres créoles (à base française aussi) de l’océan Indien (mauricien/seychellois), avec les créoles à base française de l’Atlantique, mais aussi, entre autres, avec des langues de contact à base hispano-portugaise, ou à base anglaise parlées dans le Pacifique, comme le tok pisin, le bislama, le pidgin des îles salomon, et des pidgins australiens.

Les deux mots clés de ce champ de recherche sont cognitivisme et variationnisme. La créolistique est replacée dans le cadre d’une linguistique générale réaliste, mettant en avant la dichotomie langue/discours, avec l’idée que, du point de vue cognitif, l’enfant n’apprend pas la langue, mais la construit à partir de l’observation et l’intériorisation inconsciente des données qui lui sont fournies par le discours des autres. Dans ce cadre, la variation et l’hétérogénéité ne peuvent que régner, puisque les règles et les principes, tout comme les unités d’ailleurs, ne sont pas « fournies », mais sont le produit d’une construction mentale. On retrouve ainsi en même temps l’interaction sociale et la dimension psycholinguistique. On comprend ainsi comment sont alliés et même couplés cognitivisme et variationnisme, la langue étant conçue dans ce cadre soit comme un ensemble structurel purement cognitif au niveau individuel (idiolectal), soit, au niveau social et interpersonnel, comme un ensemble de lectes différents, mais suffisamment « ressemblants » pour assurer la communication.

 

Les travaux de Jean-Philippe Watbled sont tous orientés en ce sens, avec intégration de la créolistique dans ce cadre conceptuel et théorique. En effet, les langues créoles sont revisitées comme des cas particuliers de construction, mais particuliers uniquement en raison des conditions sociohistoriques qui ont donné lieu à la créolisation, avec notamment l’histoire tragique de l’esclavage. Cette approche permet ainsi de faire le lien entre les méthodes qui lui sont propres et les travaux fondateurs de Robert Chaudenson, avec l’ajout de la dimension cognitive.

 

L’objectif à terme est de mettre au jour les grands principes à l’œuvre dans la construction des langues de contact, en prenant en compte les paramètres pertinents (parlers endogènes vs exogènes, conditions sociohistoriques, etc.). En bref, le modèle repose sur une base à la fois cognitiviste et variationniste.

 

Les langues créoles sont étudiées et analysées à la fois sur le plan synchronique et sur le plan diachronique, avec application des méthodes de reconstruction éprouvées, que ce soit dans le domaine indo-européen ou dans d’autres familles de langues, telles que celles d’Australie. Jean-Philippe Watbled étant également spécialiste des langues de cette région (langues aborigènes d’Australie, pidgins océaniques), le comparatisme s’impose évidemment. Il s’impose aussi, et c’est plus évident, entre les créoles de notre région de l’océan Indien (réunionnais, mauricien et seychellois, les deux derniers nommés étant largement intercompréhensibles, alors que le réunionnais est nettement différent, et sans doute plus « francisé »).

Champ sociolinguistique

Dans ce champ, nous avons deux axes de recherche « Pratiques langagières et culturelles en milieu créolophone » et « Acquisition langagière en milieu créolophone ».

L’axe « Pratiques langagières et culturelles en milieu créolophone » se décline lui-même en deux grandes orientations : « Bilinguisme, contacts de langues, interlecte, créolistique » et « Représentations et attitudes d’enfants et d’adolescents »

Axe de recherche « Pratiques langagières et culturelles en milieu créolophone »

Orientation « Bilinguisme, contacts de langues, interlecte, créolistique »

Dans leurs conversations quotidiennes, les Réunionnais laissent apparaître une très large gamme de variation avec des phénomènes langagiers s’organisant selon des configurations parfois très originales et échappant aux règles de grammaire tant  du créole que  du français, aussi les recherches entreprises depuis les années 2000 afin de les appréhender se poursuivent.

           

            Optant toujours pour un paradigme dynamique élaboré à l’écoute des locuteurs, l’objectif est de donner davantage à voir et à valoriser la trajectoire de vie des personnes participant aux enquêtes au travers de leurs récits de vie, de leur histoire et celle de leur communauté - afin de déterminer comment les phénomènes langagiers s’y sont inscrits. Il s’agit de rendre lisible le positionnement identitaire des acteurs sociaux (de plusieurs générations) ainsi que leurs enjeux sociaux et culturels dans une société postcoloniale qui s’est construite dans des conditions sociales d’une violence et d’une brutalité extrêmes, et qui continue d’être traversée par des différences, des tensions, des conflictualités et des dominations. Comment, dans ces conditions, ces personnes vivent-elles leur relation aux autres ? Comment leur parcours individuel est-il lié au parcours collectif de leur société et quels ont été les moteurs identitaires de leur positionnement ? Comme modalités d’enquête, ce sont les biographies langagières et les récits de vie qui sont à présents privilégiées.

Orientation « Représentations et attitudes d’enfants et d’adolescents »

De nombreuses enquêtes concernant les enfants et les adolescents ont déjà été réalisées mais peu d’entre elles se sont intéressées à leurs opinions et attitudes, alors qu’ils en sont les principaux acteurs. L’objectif est de donner la parole à ces acteurs sociaux afin de recueillir en particulier leurs points de vue sur la culture familiale et scolaire et de déterminer comment est ce qu’ils intègrent les politiques linguistiques familiales et scolaires qui influent sur leurs pratiques langagières.

Axe de recherche « Acquisition langagière en milieu créolophone »

Les facteurs qui favorisent l’acquisition langagière dans un environnement langagier caractérisé par sa variabilité et sa mouvance sont toujours analysés. La dynamique des phénomènes langagiers et leur évolution sont affinées et des recherches sur un échantillon plus large sont réalisées. L’objectif est d’identifier les différentes compétences langagières des enfants et adolescents et de déterminer comment l’enfant parvient à construire sa compétence linguistique et comment l’environnement familial d’une part, le quartier d’autre part